L’aide au financement pour le développement international

L’aide au financement pour le développement international

Philippe Emsalem est expert en financements publics. Il est le co-fondateur d’Astalia, société de conseil opérationnel dédiée à l’obtention de financements publics et à l’accompagnement des entreprises dans le financement de leur développement.

Philippe, pouvez-vous me présenter ce qu’est l’aide au développement commercial à l’international des entreprises ?

En France, il existe plus de 6.000 aides publiques au financement. Lorsque les entreprises recherchent les aides dédiées à leurs projets spécifiques elles ont donc souvent des difficultés à s’y retrouver. Certains décideurs passent à côté de subventions qui leurs sont dédiées, ou bien sollicitent par exemple 10.000 euros d’aide alors qu’ils auraient pu bénéficier de 100.000 euros. Je dis souvent que j’ai la chance d’exercer un métier très gratifiant, car à l’issue de mon accompagnement, ce que j’apporte à mes clients dans 96% des cas, se concrétise par un chèque ! Ces chèques peuvent aller de 30.000 à 2 millions d’euros selon les projets.

Il existe quatre principaux types d’aides au financement qui intéressent nos clients et impliquent différents acteurs :

  • Les crédits d’impôt, financés par l’Etat
  • L’assurance prospection, instruite par la Coface
  • Les avances remboursables et les prêts, principalement via BPI France
  • Les aides régionales, comme par exemple PMup en Ile de France

Quelles sont les aides que vous préconisez, et pour répondre à quels besoins ?

Je précise que les pouvoirs publics n’aident pas des entreprises mais des projets. Chaque projet est différent, selon son ambition, sa maturité, sa viabilité. Nous évaluons les coûts associés, les retours envisagés, et une fois le projet cadré, nous identifions toutes les aides adaptées. Il est important de bien connaitre ces aides, dont les modalités varient fortement ; par exemple le crédit impôt prospection commerciale ne porte pas sur les salaires (sauf exception) contrairement à l’assurance prospection (sous certaines conditions) ; les prêts de BPI France sont souvent des offres de cofinancement. Il est aussi nécessaire de bien cerner l’écosystème des aides et ses acteurs car il y a un effet domino où une aide en entraine une autre, et une sérieuse ingénierie du dispositif d’accompagnement permet de maximiser les financements accessibles.

Quelles sont les tendances du marché, et du financement que vous observez ?

Nous voyons que la majorité des entreprises savent que l’Etat prévoit des dispositifs d’aides financières, mais elles sont perdues face à l’imbroglio administratif, ce qui les décourage vite, surtout après une première tentative coûteuse en temps et souvent infructueuse.
Les aides ne portent que sur une partie des dépenses d’un projet, ce qui nécessite donc un investissement initial de leurs porteurs en général au moins équivalent. C’est là que l’on observe l’insuffisance chronique de fonds propres des entreprises françaises, sans parler des start up.
Pour les aides financières, nous observons depuis environ cinq ans une augmentation des aides qui exigent remboursement et une diminution des subventions. Et ces aides sont de moins en moins saupoudrées ; les montants sont plus élevés mais les élus moins nombreux. Les exigences en matière de fonds propres sont de plus en plus fortes, il faut en outre présenter des prévisions de retours sur investissements solides.

Quels sont selon vous les défauts les plus récurrents des pratiques d’aide au financement et à quoi devrait ressembler l’approche idéale ?

Les dispositifs sont en général assez complexes et le volume de justificatifs à fournir important, mais cela tend à se simplifier. La numérisation des processus facilite beaucoup les choses. Il y a aussi un décalage entre les cycles de décision des projets des entreprises, qui sont courts (dans les PME), et les cycles des aides au financement, qui eux sont plus longs (de l’analyse à la décision, puis au règlement). Cet écart force les porteurs de projet à anticiper plus.
Et enfin, dans un contexte de concentration budgétaire, le nombre d’aides disponibles tendent à diminuer, donc les examens de dossiers deviennent plus exigeants.

A votre avis, de quoi sera fait l’aide au financement de demain ?

Le contexte économique étant encore incertain cela reste difficile à dire, et l’écosystème des aides est désormais assez bien défini. Il est néanmoins possible que l’élan de centralisation des différents acteurs s’amplifie, comme par exemple pour les aides de la Région (du CFI) et d’Ubifrance qui ont été récemment transférées à BPI France.

Que conseillez-vous, en matière d’aide au financement, aux entrepreneurs de demain ?

En priorité d’anticiper ! Déposer un dossier prend du temps, et ce qui est engagé n’est plus finançable (sauf pour les crédits d’impôts). Je conseille aussi d’ajuster ses attentes, qui doivent être proportionnelles au niveau de viabilité du projet et de ressources de l’entreprise. Un projet fragile ou peu financé initialement par son porteur a peu de chances d’être aidé.
Par ailleurs, j’encourage les entrepreneurs de demain à bien coordonner leurs demandes pour obtenir toutes les aides possibles, et cela implique de développer une véritable ingénierie des dispositifs d’accompagnement. Il est en effet plus facile de se tromper, de ne pas frapper à la bonne porte, ou encore d’obtenir une aide inadaptée, que de faire un parcours sans fautes. Mon ultime conseil est donc de bien se faire conseiller, sur toutes les étapes du projet.